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Habib Kazdaghli, d’un écueil à un autre plus grand

dimanche 30 décembre 2012

Libre tribune

Le Temps Publié dans Le Temps le 07 - 07 - 2012


Je ne dirais jamais assez combien ces chroniques de la Manouba sont redevables à La Fontaine.

Après les journées des 6 et 7 mars emblématiques de la terreur salafiste et qui ont vu le saccage du bureau décanal et la profanation du drapeau national, j’ai emprunté à l’inimitable fabuliste la formule : « Haro sur le baudet ! » dans ma chronique du 12 mars pour rendre compte de l’acharnement des salafistes et de leurs alliés au sein du pouvoir, les islamistes radicaux, à faire du doyen Kazdaghli le bouc émissaire de leur échec à résoudre l’interminable crise du niqab. L’expression sied toujours dans le contexte actuel où les salafistes sont prêts à l’immoler, littéralement, sur l’autel du fanatisme religieux et où ils n’ont aucun scrupule à recourir aux manipulations les plus grossières dans l’espoir de le mettre en examen d’abord – mission accomplie avec beaucoup de brio puisqu’il a comparu ce jeudi devant la chambre correctionnelle du tribunal de première instance de la Manouba – , dans le but de le faire condamner ensuite par la justice.

Mais c’est la formule de La Fontaine dans La Vieille et les deux servantes qui me vient surtout à l’esprit quand je repense aux développements spectaculaires intervenus lors de l’audience de ce matin avec la requalification de l’acte d’accusation. Comme les deux servantes de la fable qui voulant échapper à un péril, s’exposent à autre un plus grave, Habib Kazdaghli, espérant se sortir de ce mauvais pas parce que son innocence ne fait l’ombre d’aucun doute selon les déclarations faites par l’un de ses avocats, Maître Mohamed Labidi à plusieurs chaînes de télévision, est « tombée de Charybde en Scylla ». Mis en examen le 9 juin par le procureur de la République, il encourait une amende de quatre dinars huit cents millimes et une peine de prison de quinze jours en vertu de l’article 319 du code pénal pour « voies de fait ou violences n’entraînant pour la santé d’autrui aucune conséquence sérieuse ou durable ». Le voilà avec la requalification des faits qui lui sont reprochés passible, en plus d’une amende de cent vingt dinars, d’une peine de cinq ans de prison pour « violences envers les personnes », commises « sans motif légitime », par un fonctionnaire public dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions conformément aux dispositions de l’article 101 du Code pénal, au grand dam de la quinzaine d’avocats présents à l’audience. La grande foule évaluée à plusieurs centaines de personnes et qui s’est massée devant le tribunal, à l’appel des syndicats et des associations de la société civile, pour exprimer sa solidarité avec le doyen, a réagi à la nouvelle accusation par une vive indignation manifestée pendant le rassemblement mais surtout à l’occasion de l’assemblée générale, tenue après l’audience au siège de la FLAHM et organisée par son syndicat de base.

Quand bien même Habib Kazdaghli aurait violenté l’étudiante – ce qu’il nie en s’appuyant sur des témoignages solides – la requalification délictueuse n’est pas fondée parce que l’article 101 ne s’applique que dans le cas de d’une violence non justifiée. Dans le cas du doyen, la violence présumée serait motivée par la légitime défense. Le saccage du bureau décanal et les voies de faits qui ont en résulté sur la personne du doyen, bousculé à qui mieux mieux, ne serait-ils pas des agressions à même de justifier la légitime défense ? La justice considérerait-elle comme vraisemblables les allégations formulées par les deux niqabées dans lesquelles elles poussent le ridicule jusqu’à prétendre que c’est le doyen qui a saccagé son propre bureau ? La seule idée que de pareilles hypothèses soient envisagées par la justice donne froid dans le dos à de nombreux orateurs présents pendant l’assemblée générale et qui craignent qu’on n’instrumentalise, comme dans la dictature de Ben Ali, la justice pour régler les différends et les conflits.

Ces péripéties judiciaires de la crise du niqab effraient aussi parce qu’elles nous révèlent un monde à l’envers où on traduit en justice le doyen alors que le bon sens aurait dû pousser, selon d’autres orateurs à la mise en examen de nombreux étudiants en application de l’article 116 du Code pénal en vertu duquel « quiconque exerce ou menace d’exercer des violences sur un fonctionnaire public pour le contraindre à faire ou à ne pas faire un acte relevant de ses fonctions » commet un délit sanctionné par une peine qui peut aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement.

Bien qu’elles semblent avoir été mises en examen pour des motifs qui n’ont pas été divulguées à la presse, les deux niqabées n’ont pas comparu à l’audience parce qu’elles n’auraient pas reçu leur convocation, en raison d’une fausse adresse d’envoi. Cette absence conjuguée à la demande faite par les avocats d’Habib Kazdaghli d’un report de l’affaire pour avoir le temps d’étudier le dossier et en raison de la modification de l’acte d’accusation ont été à l’origine du renvoi de l’affaire au 25 octobre 2012.

Le formalisme juridique, qui donne souvent lieu à des interprétations fantaisistes de la loi, a ses raisons que la raison et l’équité ne connaissent pas. Malgré la requalification des faits, les universitaires sont persuadés que les magistrats tunisiens sauront éviter les écueils du juridisme et qu’ils rendront la justice conformément à l’esprit des lois. Ils continuent à leur accorder leur confiance entière.

C’est ce que le doyen de la FLAHM n’a cessé de répéter dans ses interviews qui ont suivi la requalification délictueuse.

Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste, professeur de littérature française à la FLAHM

C’est une première dans l’histoire judiciaire de la Tunisie. Ce jeudi 5 juillet (1), un doyen élu comparaîtra devant la justice pour répondre de l’accusation de violence, à la suite d’une plainte déposée à son encontre par une étudiante qui prétend avoir été violentée par lui. On est donc autorisé, en s’appuyant sur cette information, à dire que tout est pour le mieux dans la meilleure des Tunisie possibles et d’arborer fièrement le drapeau national en claironnant partout dans le monde les succès de la justice postrévolutionnaire et en clamant haut et fort : « personne, désormais, dans le pays de la Révolution de la dignité n’est au dessus de la loi », d’autant que la condamnation du fils d’un haut responsable accusé d’avoir sauvagement agressé une étudiante et d’autres verdicts considérés comme justes par l’opinion publique dans des affaires où l’impartialité de la justice était testée viennent redorer, en dépit de quelques ratés, le blason d’une justice dont l’indépendance a été malmenée pendant plus d’un demi-siècle. Mais la nouvelle affaire, qui fait couler beaucoup d’encre dans la presse nationale et internationale, sonne un peu comme une fausse note dans ce nouveau climat où la justice se refait une nouvelle santé car le doyen mis en examen est connu pour sa bonté et sa finesse, sa courtoisie et son féminisme. Il est, de surcroît incapable de faire du mal à une mouche et l’accusation dont il est l’objet est dénué de fondement.

Son seul tort aux yeux de ces accusateurs – mais pour nous son plus grand mérite – est d’avoir réussi, grâce au soutien de son conseil scientifique, de ses collègues à la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba, de l’ensemble du personnel et des étudiants de cette institution, grâce la solidarité des universitaires affiliés à la FGESRS et de ceux qui ne sont pas syndiqués, de la société civile tunisienne, grâce à la mobilisation nationale et internationale, à faire respecter les règles pédagogiques édictées par l’université, à faire valoir l’autonomie institutionnelle et les libertés académiques, prises à partie par des extrémistes religieux déterminés pendant toute l’année universitaire à substituer à ces règles professionnelles quasi universelles, objet d’un consensus national, une nouvelle législation conforme à leurs croyances religieuses qui autorisent le port du niqab pendant les activités académiques. 
Vous l’avez deviné. Le doyen en question n’est autre que l’historien Habib Kazdaghli qui a réussi le pari impossible – aux yeux de nombreux observateurs de la scène universitaire tunisienne – de sauver l’année académique constamment menacée par un groupe de salafistes qui a pris en otage son institution pendant plusieurs mois. 
 
Jusqu’au bout de l’absurde
 
La justice a ses arcanes connus des seuls initiés. Il n’est pas question pour le profane que je suis de contester ses décisions mais je me permettrai de répercuter le rejet de la mise en examen formulé par de nombreux tunisiens qui s’attendaient à un classement pur et simple de l’affaire, non parce qu’ils seraient des inconditionnels d’Habib Kazdaghli, mais parce que dans ce dossier les faits, les témoignages, les preuves, plaident pour l’innocence de l’accusé. Le Comité de Défense des Valeurs Universitaires, la coalition des ONG de la société civile (une quarantaine d’associations), la FGESRS refusent la mise en examen du doyen de la FLAHM qui « est non pas le coupable mais la victime d’une agression alors qu’il accomplissait son devoir », selon la formule utilisée dans le communiqué du Comité de Défense des Valeurs Universitaires. Des variantes contenues dans d’autres déclarations insistent sur la même idée. Le doyen est la victime d’un tour de prestidigitation intellectuelle et morale dont seuls les salafistes et leurs alliés ont le secret et qui, dans une bizarre inversion des rôles, vous métamorphose, en un tour de main, un agresseur en une victime et un bouc émissaire en bourreau et voue convie à un voyage au bout de l’absurde.
 
En effet la plaignante, Imène Berrouha fait partie du duo de niqabées qui ont forcé, au début de l’après-midi du 6 mars dernier, vers quatorze heures, la porte du bureau décanal pour protester contre les sanctions prononcées par le conseil de discipline du 2 mars et la tenue d’une autre réunion de la même instance prévue pour le 17 mars. Les deux niqabées, en proie à une rage folle, ont saccagé ce bureau, dispersé les documents du doyen et ses dossiers, détérioré ou tenté de détruire certains d’entre eux. Elles l’ont bousculé quand il a essayé de les refouler sous le regard hébété d’un témoin précieux : un fonctionnaire venu, avant l’intrusion des niqabées, travailler avec le doyen. 
 
Après le départ d’Habib Kazdaghli, qui a quitté son bureau après y avoir laissé les deux étudiantes pour aller porter plainte auprès du district de la garde nationale à la Manouba, Imène Berouha simule une chute le long des escaliers. Les étudiants salafistes accusent le doyen de l’avoir bousculée pour la chasser de son bureau. La mise en scène ne trompe personne et surtout pas les employés de l’administration décanale qui ont vu leur doyen quitter son bureau bien avant la chute simulée. Cette version que rapportent encore aujourd’hui certains médias ne tenant pas la route, les salafistes ont adopté, au moment du dépôt de la plainte, une version qu’ils croyaient plus plausible mais qui est encore aussi rocambolesque que la première et dont le certificat médical initial délivré par un médecin de sexe masculin, exerçant à l’hôpital de la cité Ettadhamen trahit sans le vouloir le caractère invraisemblable.
 
Le constat fait par ce médecin évoque «  une trace de gifle sur la joue droite ». Cette attestation médicale appelle une remarque et une objection. Le commentaire concerne la crédibilité des accusations portées par une niqabée qui a mené une guerre pour imposer le port du niqab et qui – comble du paradoxe – consent à se découvrir le visage devant un homme pour les besoins d’un examen médical !? A moins que le médecin confiant ne l’ait cru sur parole, ce qui est incroyable, voire impossible ! La réserve est d’ordre médical. L’étudiante, qui a simulé le malaise, a été transportée en ambulance vers quinze heures trente et a été examinée vers seize heures. Les médecins savent qu’il est hautement improbable et extrêmement difficile de garder l’empreinte d’une gifle deux heures après l’agression. Les seules signes susceptibles de la certifier et qui persistent après ces délais sont les ecchymoses et les hématomes auxquels le certificat médical initial ne se réfère nullement. Loin de moi l’idée de suspecter le médecin ayant délivré le certificat médical de complaisance mais tout porte à croire que l’étudiante a été giflée peu avant l’examen médical pour que la trace de la gifle reste bien visible au moment de la visite médicale dans le but d’incriminer Habib Kazdaghli.
 
Quand on adopte cette hypothèse plus que plausible, on reste pantois devant tant de cynisme qu’on ne suspecte pas à priori chez des gens censés être des parangons de vertu.
 
Pour comprendre à quel point l’affaire est cousue de fil blanc, il faut rappeler ce qui semble avoir été oublié par tous les médias de la place. Il s’agit d’une déclaration faite le 9 mars dernier par le gourou des salafistes à la Manouba, Abou Yadh à la chaîne privée Hannibal TV, où il a considéré que le profanateur du drapeau ne devait pas être traduit en justice et qu’il n’accepterait de le livrer aux autorités judiciaires que si Habib Kazdaghli était jugé par les tribunaux. La nouvelle mention de ces propos ne vise pas à insinuer l’existence d’un deal entre les autorités et les salafistes mais à montrer l’acharnement de ces derniers à persécuter le doyen de la FLAHM et à monter toutes les machinations pour le condamner.
La portée politique d’une machination
 
Après avoir vainement essayé de se forger auprès de l’opinion publique l’image de la victime immolée à l’autel de la laïcité et de la franc-maçonnerie, voilà les salafistes qui montent de toutes pièces une affaire qui, pensent-ils, servira leur propagande. Ils souhaitent d’abord convaincre la justice du bien fondé de cette image et obtenir la condamnation du doyen, puis sa radiation. Opposer à cette représentation positive des salafistes la fausse image d’un doyen violent est de bonne guerre. Pareille diabolisation ternit les réputations les mieux établies en vertu de l’adage qui dit : « Calomniez, calomniez. Il en restera toujours quelque chose ! ».Ils veulent ensuite disculper les deux niqabées de la grave accusation d’agression contre un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions. Ils espèrent enfin grâce à ce procès faire oublier à l’opinion publique le jet, le jour même de l’agression perpétrée par les deux étudiantes, contre le bureau du doyen, d’un énorme projectile – un morceau de béton banché (béton moulé mais non armé)de vingt centimètres de diamètre – qui aurait tué le doyen s’il l’avait atteint et la profanation le lendemain du drapeau national restée gravée dans les mémoires et suscitant un tollé sans précédent auprès de l’opinion publique nationale.
 
Les poursuites judiciaires intentées contre Habib Kazdaghli n’ont pas pour seul objectif de le discréditer auprès de l’opinion publique. Les salafistes font, par le biais de ces poursuites, le procès de tous les universitaires en raison de leur attachement inébranlable aux prérogatives scientifiques et pédagogiques des institutions d’enseignement supérieur et de leur résistance acharnée pour la sauvegarde des libertés académiques. Le doyen de la FLAHM n’a pas manqué de le souligner lors d’une cérémonie organisée le samedi 30 juin en l’honneur de toute la famille de la FLAHM pour rendre hommage à son combat héroïque pour la défense des valeurs universitaires. Rappelant les épisodes dramatiques survenus à la faculté, il a déclaré en substance : « Les journalistes ont résumé ces évènements sous l’appellation de «  la bataille du niqab » ou «  du salafisme ». Mais nous l’avons vécue de l’intérieur comme une bataille pour la défense des valeurs universitaires authentiques et pour la consolidation du prestige de la faculté comme lieu de renouvellement du savoir et en tant qu’espace au service des objectifs de la Révolution tunisienne, et ce à partir de notre position d’intellectuels, créateurs d’idées. Nous l’avons vécue comme une bataille pour les libertés académiques, l’autonomie de la décision universitaire », avant d’insister sur la nécessité de soustraire l’université aux « tiraillements politiques et religieux » et « sur la suprématie accordée, à l’université, au savoir et aux normes et lois universelles en vigueur dans toutes les universités ». 
Habib Kazdaghli est devenu depuis quelques mois la figure emblématique de ces luttes au point de déranger les extrémistes religieux de tous bords qui essaient, depuis le début de la crise à la FLAHM, d’en faire le bouc émissaire idoine pour occulter leur incompétence dans la gestion de la crise, le désignant, régulièrement, à la vindicte des salafistes. Le nouvel épisode de la machination qui a abouti au procès, n’est que la conséquence logique de cette attitude hostile voire belliqueuse à l’endroit du doyen de la FLAHM. Les islamistes radicaux ne lui pardonnent pas non plus son ancienne implication dans luttes pour la sauvegarde des libertés académiques, considérées à ses yeux, comme sacrées au point qu’il a bravé tous les tabous et qu’il a choisi, parmi les nombreux sujets abordés dans ses recherches, le thème de la minorité juive de Tunisie, ce qui lui a valu la colère de tous ceux qui, faisant l’amalgame entre juifs et sionistes, le considèrent comme le suppôt du sionisme, ce qui passe pour ceux qui le connaissent bien comme une autre ignominieuse calomnie.
 
La chaîne nationale et internationale de solidarité
 
Toutes ces manipulations et manigances des salafistes et autres extrémistes religieux, destinées à impressionner la justice, n’entament en rien la crédibilité de nos magistrats qui œuvrent, contre vents et marées pour assurer l’indépendance de la magistrature même si de nombreuses associations comme le comité de défense des valeurs universitaires, le collectif des quarante ONG de la société civile, la LTDH, la FGESRS, l’observatoire des libertés académiques dépendant de la FGESRS, le syndicat de base des enseignants de la FLAHM déplorent la mise en examen d’Habib Kazdaghli et critiquent la lenteur avec laquelle sont instruites les nombreuses plaintes (environ une dizaine) déposées par le doyen de la FLAHM et ses collègues à l’encontre de leurs agresseurs quand on la compare à la célérité relative observée dans l’instruction de la plainte d’Imène Berrouha. Mais de nombreux universitaires, pour lesquels le classement de l’affaire aurait été plus juste, estiment à la décharge du magistrat à l’origine de la mise en examen d’Habib Kazdaghli, qu’il ne doute pas de l’innocence de ce dernier mais qu’il ne veut pas passer pour quelqu’un qui prend son parti en ne donnant pas suite à l’affaire, qu’il préfère laisser à la cour le soin de statuer au sujet de la plainte. Le doyen de la FLAHM quant à lui, convaincu de son innocence, ne cesse dans toutes ses déclarations d’exprimer sa confiance dans la justice tunisienne. 
 
L’acharnement des salafistes dans la persécution d’Habib Kazdaghli est contré par une mobilisation générale des composantes de la société civile qui appellent, sans exception, à un rassemblement le jour du procès devant le tribunal de première instance de la Manouba en signe de solidarité avec le doyen. En France et en Europe, une chaîne de solidarité avec le doyen de la FLAHM est en train de se constituer avec des initiatives déjà prises dans ce sens par le Collectif pour la Paix qui groupe plusieurs associations françaises solidaires du doyen de la Manouba.
Le bras de fer entre les salafistes et les universitaires reprend alors que le bon déroulement des examens à la FLAHM et dans les autres établissements d’enseignement supérieur a donné aux Tunisiens des raisons d’espérer. Les nouveaux développements augurent d’une recrudescence de la tension lors de la prochaine rentrée si les autorités ne se décident pas à assurer la sécurité des enseignants et n’envoient pas des signaux forts appelant au respect des règlements qui régissent la vie universitaire. 
 
Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste

Professeur de littérature française à la FLAHM
 
(1) Le procès a été reporté au 25 octobre

  

   
Le procès d’Habib Kazdaghli reprendra le 25 octobre 2012, à la veille de la fête du sacrifice. Ironie du sort, prédestination, coïncidence troublante ou hasard objectif (formule Ô combien appropriée dans le contexte de l’atmosphère surréaliste où ce procès nous plonge !), le doyen, dont on veut faire le bouc-émissaire de l’incurie du gouvernement à gérer les problèmes de l’Université tunisienne, à qui on veut faire endosser la responsabilité de l’interminable crise du niqab et qu’on veut punir à cause de son engagement sans faille en faveur de la défense de l’autonomie institutionnelle et des libertés académiques, risque d’être immolé à l’autel du fanatisme religieux et des tentatives de talibanisation de l’enseignement tunisien.
L’opinion universitaire, les observateurs judiciaires et les défenseurs des libertés tant au niveau national qu’international, échaudés par le climat inquisitorial et liberticide qui règne dans le pays, craignent en effet que le procès intenté contre le doyen de la FLAHM, pour une agression imaginaire, ne continue à être mené dans l’esprit de cette justice orientée et instrumentalisée combattue avec une grande détermination par les magistrats tunisiens mais que le nouveau pouvoir tente de perpétuer et qui a caractérisé l’instruction du dossier et la première audience du procès.

C’est cette justice qui a permis sur la seule base de la plainte déposée par l’agresseur, de mettre d’abord en examen un doyen agressé à l’occasion de l’exercice de ses fonctions et d’alourdir ensuite les charges retenues contre lui, en dépit du témoignage favorable d’un fonctionnaire présent au moment des faits et disculpant le doyen des accusations calomnieuses portées contre lui. Curieux et consternant renversement des valeurs qui vous transforme une victime en agresseur et qui fait d’un plaignant un coupable comme l’illustre la tragique histoire de cette jeune fille violée par deux policiers et qui se retrouve devant le juge d’instruction, sur la base d’une plainte des violeurs, pour être inculpée « d’obscénité ostentatoire préméditée » !

Cette peur d’une condamnation surréaliste et inique explique l’ampleur de la mobilisation nationale en faveur du doyen de la FLAHM et l’action de solidarité internationale sans précédent dans l’histoire en faveur d’un tunisien injustement poursuivi et de la cause des libertés en Tunisie.

Sur le plan national, c’est l’Association tunisienne de défense des valeurs universitaires, nouvelle appellation du Comité de défense de l’autonomie institutionnelle, des libertés académiques et de soutien à la FLAHM, qui a donné le ton en initiant un « Manifeste de solidarité avec le Doyen Habib Kazdaghli, l’artiste Nédia Jelassi et tous les défenseurs des libertés académiques, de la liberté de création et de la liberté de presse » et en le mettant en ligne sur le site Pétitions-24. Ce manifeste a été signé jusqu’à présent par plus de 1500 universitaires, artistes, journalistes, militants de la société civile et des partis politiques, défenseurs de droits humains parmi lesquels des signataires prestigieux comme Maya Jribi, Ahmed Brahim, Saadedine Zmerli). Il a été suivi par la publication le vendredi 19 octobre, à l’initiative de la coordination de la coalition des ONG (un réseau de plus de 40 ONG parrainé par la LTDH), de l’Association de défense des valeurs universitaires, de l’Observatoire des libertés académiques dépendant de la Fédération générale de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique d’un « Appel pour la défense des libertés académiques, de la liberté de presse et de la création artistique et pour une action de solidarité avec le Doyen Habib Kazdaghli, les artistes poursuivis en justice et les journalistes ».

Le Manifeste ainsi que l’Appel demandent l’acquittement du Doyen et le non-lieu pour les artistes Nadia Jelassi et Mohamed Ben Slama, « d’abord persécutés par des extrémistes religieux au nom de « l’atteinte au sacré » et faisant maintenant l’objet de poursuites judiciaires », en marge de l’affaire du Palais d’El Abdellia, selon les termes même du manifeste.

L’Appel invite, quant à lui « l’ensemble des universitaires, des artistes, des créateurs, des journalistes, des défenseurs des droits de l’hommes et des acteurs de la société civile ainsi que tous les Tunisiens attachés à l’avenir des libertés dans notre pays, à se rassembler, le jeudi 25 Octobre 2012, à 9 heures du matin, devant le Tribunal de première instance de La Manouba, pour exprimer leur solidarité avec le Doyen, pour protester contre le procès qui lui est intenté et pour exiger son acquittement, l’abandon toutes les poursuites à caractère politique et la traduction en justice des véritables coupables dans l’affaire de la Faculté et dans les autres affaires ». Ce premier rassemblement sera suivi d’une manifestation devant le siège de l’Assemblée nationale constituante « pour revendiquer l’inscription de la liberté de la presse et de la création artistique et des libertés académiques dans la Constitution »
Le procès d’Habib Kazdaghli donne ainsi l’occasion, par le biais du Manifeste, de l’Appel et des deux rassemblements, aux associations de la société civile, aux partis politiques démocratiques, aux Tunisiens que l’avenir des libertés en Tunisie inquiète et qui craignent que la transition démocratique ne devienne une transition théocratique, de se mobiliser pour la défense des libertés balbutiantes et du projet de société, objet d’un consensus national depuis plus d’un demi-siècle qui a permis des avancées significatives dans le domaine de l’enseignement, en dépit des lacunes persistantes, et dans celui des droits de la femme. Les deux textes insistent sur le climat inquisitorial et liberticide qui règne dans le pays, sur les violences et les persécutions dont l’intelligentsia tunisienne a été l’objet aussi bien à l’université que dans les locaux de la presse ou dans les galeries d’art, espaces où dans les républiques civiles et démocratiques s’épanouissent la liberté d’expression et la liberté de la création.

De ce point de vue, ils ont le mérite de mettre l’accent sur la pomme de discorde entre les partis démocratiques et les partis théocratiques en Tunisie. Ces derniers substituent, aux concepts d’autonomie de l’enseignement, de liberté artistique et de liberté de création, d’indépendance de la presse, les notions d’asservissement de l’enseignement, de l’art et de la presse à des convictions religieuses qui feraient se retourner dans leurs tombes les illustres ulémas disparus de la Zitouna s’ils apprenaient à quel point l’Islam et véritables enseignements sont gauchis par les extrémistes religieux. Les signataires du Manifeste tiennent à rappeler au ministre de l’enseignement supérieur « que les codes vestimentaires universitaires, scolaires et professionnels ne sont pas régis, dans les républiques civiles et démocratiques, par des lois votées par les parlements ou les assemblées constituantes mais fixés par la profession à partir de motivations qui font prévaloir l’efficience pédagogique ou l’efficacité professionnelle sur les considérations politiques, religieuses ou sectaires ». Ils insistent aussi sur le fait qu’il ne peut pas y avoir de démocratie sans le respect des normes internationales dans la pratique du journalisme et d’un code de déontologie journalistique universel et que « l’atteinte au sacré » est un subterfuge grossier pour museler les artistes.

Une conférence de presse devait se tenir mercredi 24 à 11h au siège de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme par l’Association tunisienne de défense des valeurs universitaires, l’Observatoire des libertés académiques et le Forum universitaire tunisien pour expliquer la position de l’intelligentsia tunisienne au sujet du procès et de l’atteinte aux libertés.

En Europe, le Manifeste de solidarité avec le Pr Kazdaghli et les universitaires tunisiens, initié depuis le mois de juillet par le Professeur Robert Zitoun, a fait le tour de l’Europe. Il a reçu plus de 1800 signatures d’universitaires, d’intellectuels, de professionnels des sciences, des arts et des lettres principalement de France (1450 environ), de Tunisie mais aussi de 27 autres pays. Parmi les signatures, on compte celles prestigieuses de Fethi Ben Slama, Albert Fert, Claude Hagège, Françoise Héritier, Albert Jacquard, Axel Kahn, Abdelwahab Meddeb, Edgar Morin, Didier Sicard, Alain-Gérard Slama, et Mustapha Tlili. Une délégation des signataires a été reçue par l’ambassadeur de Tunisie à Paris. Des démarches similaires ont été faites auprès des ambassadeurs de Tunisie à Rome, à Madrid le lundi 22 octobre et à Berlin le jeudi 18. Le manifeste, signé par 195 intellectuels allemands, a été remis à l’ambassadeur tunisien à Berlin par Madame Anne Groth, députée au Bundestag allemand.

La Fédération Internationale des Droits de l’Homme a délégué en Tunisie Maître Marie Guiraud. L’Université Libre de Bruxelles qui a soutenu le Doyen de la FLAHM dès le début de la crise du niqab a jugé utile de déléguer deux éminentes personnalités belges, Hervé Hasquin, Secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Belgique, ancien Ministre-président de la Fédération royale Wallonie-Bruxelles et Pierre Galand, président de la Fédération humaniste européenne. Une conférence de presse est prévue le mercredi 24 avril à l’hôtel Africa à 18 heures pour présenter à la presse la position de l’ULB au sujet du procès d’Habib Kazdaghli.

Enfin le Directeur exécutif de l’association internationale Scholars at Risk, venu en Tunisie au mois de juin 2012 pour une mission d’enquête sur les violations de libertés académiques a envoyé le mardi 23 octobre une lettre de trois pages au ministre de l’Enseignement supérieur et à celui de la justice au sujet du procès intenté à Habib Kazdaghli. Après avoir présenté les arguments qui disculpent le doyen des accusations portées contre lui, il invite les deux ministres « à intervenir …..pour que l’on abandonne les charges à l’encontre du Doyen Kazdaghli » ou a minima, pour s’assurer « que l’affaire sera instruite en adhésion avec les critères internationalement reconnus d’un procès équitable, comme cela est garanti par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et la Convention sur les Droits Civils et Politiques ratifiées par la Tunisie ». Il réitère aussi dans ce message la demande formulée en juin dernier aux autorités tunisiennes d’adresser « au public un message clair » où il l’assurera que « l’Etat tunisien protégera ses institutions universitaires et leur personnel, et ce faisant, protégera également l’espace de critique et d’expression, l’enseignement, la recherche et la publication contres les menaces, quel qu’en soit l’origine ».

Ces appels d’ici et d’ailleurs seront-ils entendus ? La tournure que prendra le procès pendant l’audience de la veille de l’Aïd et celles qui suivront nous fournira des éléments de réponse à cette question. Mais ceci est une autre histoire dont l’issue dépendra aussi, en grande partie, du contexte politique qui prévaudra dans le pays au cours des prochaines semaines et de la résistance de la société civile. Sans vouloir jouer les Cassandre, je dirai que le climat actuel augure de lendemains qui déchantent surtout après l’assassinat politique de Lotfi Nagdh, président de l’Union régionale de l’agriculture et de la pêche (Urap) à Tataouine et coordinateur général de Nida Tounès dans la région.
Habib Mellakh,
universitaire, syndicaliste, professeur de littérature française à la FLAHM

Les syndicalistes et les militants de la société civile solidaires à qui mieux mieux du Doyen Kazdaghli
par Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste, professeur de littérature française à la FLAHM

Il ne se passe pas un jour depuis bientôt deux mois sans que ne je reçoive dans ma boîte mail des articles de la presse tunisienne, française, belge, francophone ou anglophone au sujet de cette bataille anachronique du niqab et du procès qui en a résulté, ou des messages de solidarité provenant de partout en faveur du Doyen Habib Kazdaghli et des universitaires en butte aux extrémistes religieux et à leur programme d’assujettissement de la connaissance et des normes de fonctionnement des institutions académiques à des convictions religieuses personnelles. Si le problème du niqab et le procès préoccupent à ce point des universitaires, des médecins, des artistes, des écrivains, des militants de la société civile, des hommes politiques et des journalistes dans les cinq continents, c’est parce que tout ce monde est conscient que l’enjeu de la bataille dépasse le cadre de l’université, et que son issue influera sur l’avenir de la démocratie en Tunisie et peut-être même de ce qu’il a été convenu d’appeler dans un moment d’euphorie « le printemps arabe ».

De fait, en réaction à mes articles sur le procès du doyen de la FLAHM ou aux manifestes que je diffuse en ma qualité de secrétaire général de l’Association tunisienne de défense des valeurs universitaires, parfois en souvenir de nos luttes pour l’autonomie du syndicat et de l’institution universitaire que j’ai eu la responsabilité de coordonner, à l’orée du nouveau siècle, avec mes camarades syndicalistes, les messages de solidarité des collègues et compatriotes tunisiens nostalgiques de l’âge d’or du SGESRS sont souvent l’expression de la peur du retour à l’université et même dans le pays des anciennes pratiques liberticides et du recours, de nouveau, à l’instrumentalisation de la justice par le pouvoir politique. Une sourde angoisse étreint même certains d’entre eux à l’idée d’une possible remise en cause des acquis de la modernité en Tunisie et du mode de vie de la société tunisienne.

Chez nos amis étrangers prévaut la crainte de voir la Révolution tunisienne, que le Congrès américain a applaudie et que le monde entier a saluée comme le soulèvement d’un peuple digne et courageux qui a fait preuve d’un haut degré de civisme en venant à bout d’une dictature immonde ,dévier de ses objectifs : si les valeurs universitaires, qu’on place dans les républiques civiles sur un pied d’égalité avec les valeurs démocratiques, sont bafouées et que leur défenseur emblématique est traîné dans la boue des tribunaux de droit commun, on peut craindre de voir réservés aux libertés publiques, à plus ou moins brève échéance, le même sort et par là même à la nouvelle idylle de la Tunisie avec la démocratie le sort des autres rendez-vous historiques avortés.

La lourde peine de prison que risque le Doyen, s’il était reconnu coupable, explique la désapprobation générale et le haut degré de mobilisation suscités par l’affaire aussi bien en Tunisie qu’à l’étranger mais ce sont les craintes liées à l’avenir des libertés et de la démocratie qui les confortent. Ni les reports successifs du procès - le dernier en raison de la coïncidence de la date retenue avec la célébration du jour de l’An musulman - qui semblent dans l’ordre des choses mais qui sont parfois interprétés comme la recherche d’un effet d’usure, ni l’impression favorable laissée par la dernière audience et qui augure de la tenue d’un procès régulier n’ont interrompu la chaîne de solidarité qui s’est, au contraire, renforcée de jour en jour. Ils n’ont pas infléchi la détermination des universitaires et des militants de la société civile à s’opposer à ce procès inique, ni trompé leur vigilance. C’est pourquoi ils ont tenu à organiser un troisième rassemblement à l’occasion de la troisième comparution du Doyen devant le Tribunal de première instance de la Manouba ( qui aura lieu finalement le 22 novembre) en dépit des faits et des signaux qui peuvent contribuer à l’essoufflement ou pousser à la démobilisation. Dans un appel à ce rassemblement lancé le 13 novembre à l’initiative des associations les plus concernées par les problèmes de l’université (l’Association tunisienne de défense des valeurs universitaires, l’Observatoire des libertés académiques ,le Forum universitaire tunisien), la coalition de plus de 40 ONG parrainée par la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme exhorte « toutes les composantes de la société civile, les partis politiques, les syndicats, et les personnalités à faire preuve de vigilance et à poursuivre leur mobilisation ». La défense des libertés publiques se trouve associée dans ce nouveau manifeste d’une manière très explicite à celle des libertés académiques pour montrer que l’effet boule de neige peut avoir raison de toutes libertés et que les libertés publiques sont autant menacées que les libertés universitaires dans le contexte de l’actuelle transition politique.

Le point de départ de la nouvelle campagne de mobilisation a été donnée par le syndicat de base de la Faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba qui a décrété, lors d’une assemblée générale tenue le vendredi 9 novembre 2012, une grève durant toute la journée au cours de laquelle le Doyen comparaîtra devant ses juges et un rassemblement devant le tribunal le même jour « pour protester à nouveau contre le caractère inique et politique du procès, pour demander l’acquittement du doyen, pour le respect de l’autonomie de l’université, des libertés académiques et de l’indépendance de la magistrature » selon un communiqué non daté publié par Khaled Nouisser, secrétaire général du syndicat de base de la FLAHM. La même assemblée générale a suggéré l’organisation d’un meeting commun à la faculté de la Manouba réunissant les syndicats de base des grandes facultés du grand Tunis des institutions du campus universitaire de la Manouba et la coalition des ONG de la société civile pour la défense des libertés et l’indépendance de la magistrature.

Ce meeting, qui a effectivement eu lieu le mardi 20 novembre 2012, à partir de12h30, sous l’égide de l’Union régionale du Travail de la Manouba représentée par son secrétaire général adjoint, Maher Selmi et du syndicat de base de la FLAHM et qui a vu la participation d’un grand nombre de militants associatifs et d’adhérents des syndicats de base, a été largement couvert par les médias et marqué par le très haut niveau des interventions. Les représentants des syndicats de base invités et des associations coorganisatrices de l’évènement, l’Association de défense des valeurs universitaires, l’Observatoire des libertés académiques dépendant de la FGESRS et le Forum universitaire tunisien, les représentants des associations qui ont pu répondre à l’invitation et la charmante jeune étudiante, Hela Arous, représentante de l’Union générale des étudiants de Tunisie ont été unanimes pour soutenir la grève et le rassemblement et pour montrer que les personnes ciblées par le parquet, qu’il s’agisse du Doyen ou de l’artiste Nadia Jelassi l’ont été pour ce qu’ils représentent, c’est-à-dire des emblèmes de l’exercice des libertés. Beaucoup d’intervenants ont tenu à souligner leur confiance dans les magistrats tunisiens qui se battent pour imposer comme les universitaires, les journalistes et les artistes leur indépendance, pour faire respecter, en d’autres termes, les normes internationales de l’exercice de leur métier. Ils ont assuré que le rassemblement n’était pas dirigé contre eux et que son but était de les préserver des pressions de ceux qui ont cousu le procès de fil blanc. Toutes les institutions universitaires présentes se sont associées à la grève de solidarité avec le Doyen et ont annoncé l’organisation d’une grève de deux heures, le jeudi 22 novembre.

Le meeting a été marqué par une grosse surprise, l’arrivée non programmée mais annoncée à ceux qui sont toujours dans le secret des dieux, d’une délégation de constituants conduite par Selma Baccar, venue apporter son soutien à Habib Kazdaghli et promettant d’œuvrer pour la constitutionnalisation de l’autonomie de l’université, des libertés académiques et de la liberté de la création. Le constituant Ali Ben Chérifa a lu, à cette occasion, une pétition de solidarité avec le Doyen de la FLAHM, signée par 50 députés d’horizons politiques différents.
C’est cette même demande de constitutionnalisation des libertés universitaires et de la liberté de création qui a été adressée à M. Mustapha Ben Jaafar, président de l’Assemblée nationale constituante par une délégation d’universitaires composée de représentants des associations de défense des valeurs académiques, qu’il a chaleureusement reçue le lundi 19 novembre et qui est venue présenter une pétition signée par plus de 1800 citoyens, qui font partie de la fine fleur de l’intelligentsia tunisienne, réclamant l’inscription dans la future Constitution de ces libertés et la protection des universitaires, des journalistes, des artistes contre les agressions des extrémistes religieux.

Hier en fin d’après-midi, le secrétaire général de la FGESRS, Houcine de Boujarra a annoncé dans un long communiqué la participation du syndicat historique et le plus représentatif des universitaires au rassemblement.
Sur le plan international, la campagne de soutien continue. Le Mouvement européen France, le Syndicat national de l’enseignement supérieur français, l’Internationale de l’éducation se sont associés au mouvement international de solidarité.

- 3-Jeux et enjeux d’un procès
http://www.mpctasso.org/spip.php?article1053
- 2-Habib Kazdaghli d’un écueil à un autre plugrand
http://www.turess.com/fr/letemps/67666
- 1-Habib Kazdaghli jeudi face à sesjuges
http://www.leaders.com.tn/article/habib-kazadaghli-jeudi-face-a-ses-juges-une-affaire-montee-de-toutes-pieces?id=8821
- 4-Pour sauver le Doyen Kazdaghli
http://www.leaders.com.tn/article/pour-sauver-habib-kazdaghli-et-les-libertes-en-tunisie?id=9660
- 5- Un magnifique élan de solidarité
http://www.primo-info.eu/selection.php?numdoc=Do-594123939