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La revue IBLA : quel avenir ?

jeudi 24 avril 2014

Une matinée de réflexion consacrée à la situation et à l’avenir de la revue IBLA s’est tenue le samedi 22 février 2014 avec la participation de nombreux acteurs de la scène académique, éditoriale et journalistique, tunisienne, algérienne et française, dans les locaux en cours de restauration de l’Institut des Belles Lettres Arabes à Tunis.

La journée a commencé par un exposé de Jean Fontaine, pendant longtemps directeur de la revue et artisan de la « tunisification » de son équipe éditoriale, qui a évoqué la fondation de la revue dans les années trente. L’histoire de la revue est intimement liée à la naissance de l’Institut des Belles Lettres Arabes, qui œuvrait alors à développer des relations d’amitié et d’échange intellectuel avec les Tunisiens musulmans (dont Habib Bourguiba, qui habitait une maison voisine). Dans ce cadre, le lancement de la revue (le premier numéro paraît en 1937) avait pour objectif de participer à la création d’un espace d’échange intellectuel alliant respect, humanisme et rigueur. « Rigueur et bienveillance » ont été les deux mots-clés de l’évolution de la revue IBLA, avant et après l’indépendance de la Tunisie.

Les intervenants suivants (Sami Bargaoui, Imed Melliti et Farhat Barouni), membres du comité de rédaction, ont exposé la situation actuelle de la revue : publiant principalement des articles académiques dans les disciplines des sciences humaines et sociales (histoire, sociologie, anthropologie, islamologie etc.), des recensions et comptes-rendus d’ouvrages paraissant sur la scène tunisienne, et dans les trois langues (arabe, français et anglais), IBLA essaie de rester fidèle à ses choix de rigueur et d’ouverture. Mais la revue rencontre aujourd’hui, en dépit (où à cause ?) de son excellente réputation dans le monde universitaire, des problèmes éditoriaux, notamment la difficulté de trouver de la matière de qualité répondant aux normes d’excellence souhaitées. IBLA doit aussi faire face à un défi de taille en s’adaptant aux nouvelles nécessités éditoriales, à savoir le passage à la numérisation, changement incontournable pour atteindre un “Impact factor” suffisant en ayant plus de visibilité, notamment à l’échelle internationale.

Aujourd’hui, la revue n’est plus aussi adossée à l’Institut qui a présidé à sa naissance. A côté de son autonomie rédactionnelle, elle doit capter et fidéliser un lectorat qui se raréfie. IBLA ne peut plus compter, pour ses finances, que sur ses propres abonnements, malheureusement en baisse, notamment en Tunisie (9 abonnements dans tout le pays !), les achats significatifs du Ministère de la Culture et le volontariat de ses animateurs.

La deuxième partie de la matinée a été consacrée au présent et aux questions à aplanir pour tracer l’avenir. La parole a ainsi été donnée à divers responsables de revues -dont les titres sont publiés sous forme papier, en Tunisie et à l’étranger ou sont totalement déterritorialisées grâce à Internet- pour rendre compte de leurs expériences : Fréderic Abecassis (L’Année du Maghreb, France), Amara Bekkouche (Insaniyyat, Algérie), Raja Ben Slama (Alawan, revue électronique), Romain Costa (Maghreb et sciences sociales, Institut de Recherche du Maghreb Contemporain, France-Tunisie), Faouzi Mahfoudh (Rawafid, Tunisie). Tous ces témoignages ont montré, pour l’essentiel, que les problèmes éditoriaux d’IBLA sont partagés par tous : baisse des subventions, explosion de l’internet et des publications électroniques, concurrence d’espaces d’échange parallèles…

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Le débat général a débouché sur une discussion autour des directions d’évolution, de contenu et de forme, qui se présentent. IBLA doit-elle rester de facture universitaire ou s’ouvrir à d’autres lectorats ? Peut-elle allier dans l’avenir son image sobre à une maquette moins sévère ? Les échanges ont conduit à des réflexions autour des conditions générales de l’édition, en Tunisie et ailleurs, et des rapports entre caractéristiques du champ éditorial et « communauté » intellectuelle. Parmi les questions qui se sont posées : Qu’est-ce qu’une communauté intellectuelle lorsque ses membres ne se lisent pas, ne rendent pas compte des publications des uns et des autres, ne s’abonnent pas aux rares revues de la place ?

L’idée de créer une association des Amis de la revue IBLA a été ensuite discutée, comme l’une des solutions institutionnelles pour affronter, dans un cadre collectif plus large que celui du comité éditorial, les particularités de la situation actuelle. Pour l’heure, il revient aux universitaires et universités tunisiennes, aux bibliothèques de prendre les mesures nécessaires pour apporter leur soutien, notamment en multipliant les abonnements et en donnant plus de visibilité à cette revue, véritable patrimoine national et de notoriété internationale.

Inès M’rad Dali

Université de Sousse.

14 mars 2014.