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Pédagogie et Nikab, font-ils la paire ?

lundi 31 décembre 2012

Mme NIHEL BEN AMAR.

Enseignante Universitaire, Maître de Conférences en Génie Chimique.

La Presse 13-01-2012


En tant que pédagogue, je ne peux être enchantée de la volonté d’une partie de la population à porter ou à faire porter le nikab dans l’espace pédagogique sous couvert de la liberté vestimentaire. Je rappelle à ceux là que dans un pays de droit et libertés, la liberté des uns s’arrête là ou commence celle des autres.

En dehors de toute polémique, je développe ici les raisons des professionnels du métier que nous sommes pour l’interdiction du nikab dans les salles de cours et les salles des examens. Je passe outre les raisons sécuritaires et le devenir de ces monakibets sur le marché de l’emploi, raisons qui sont tout aussi importantes mais qui ne sont pas traitées ici car elles sortent du contexte pédagogique.

Le nikab et les examens

Durant les examens, la tâche d’un enseignant surveillant est de veiller au bon déroulement des épreuves et d’empêcher les volontés de fraudes. La réussite des étudiants méritants et non fraudeurs est sans équivoque l’objectif ultime recherché. Quels sont les outils à la disposition de l’enseignant surveillant pour atteindre cet objectif ?

Le tout repose sur la communication non verbale qui s’appuie sur l’écoute, les actions et les expressions du visage. On envoie et on reçoit des signes non verbaux qui transitent par les expressions du visage, les gestes et attitudes et c’est les outils qui permettent à l’enseignant d’accomplir sa tâche de surveillance. Une face voilée rompt ce moyen de communication et empêche l’enseignant de faire son travail ne voyant plus le visage (le regard et les expressions) pour se rendre compte d’une tentative de fraude !

De plus, la tenue en elle-même peut facilement dissimuler des moyens de communication modernes pour être en liaison avec l’extérieur en cours d’examen « écouteurs et téléphone portable ». A la faculté des sciences humaines et sociales de Tunis, le 9 Avril 2011 dans une épreuve de 8h 30 à 10h30, c’était le cas : une étudiante voilée a été prise en flagrant délit de fraude avec écouteur et téléphone portable. Avec une étudiante portant le nikab, ce type de fraude est certainement
difficile voir impossible à détecter quand les expressions du visage pouvant trahir le fraudeur sont masquées.

Le Nikab et l’enseignement

La méthode d’enseignement usuelle en Tunisie est l’enseignement en présentiel qui repose sur la communication verbale et non verbale entre l’enseignant et l’étudiant.

La communication verbale est le moyen d’expression d’étudiants entreprenants qui interpellent l’enseignant pour des éclaircissements ou discussions. Les étudiants réservés et timides, même face à des lacunes, n’iraient pas apostropher leurs enseignants. Dans ce contexte, les indicateurs de perception du message sont les seuls signes non verbaux (les regards et expressions du visage) que les étudiants transmettent et suite auxquels l’enseignant peut répondre. Si la face est voilée, la communication est rompue et l’enseignement en présentiel perd tout son sens.

La solution

Si on est animé par la volonté de ne pas priver de savoir les monakibets et non par celui d’imposer par la force le nikab à une institution éducative républicaine, la solution est d’assurer à ces étudiantes un enseignement à distance.

Nous avons en Tunisie une université virtuelle (http://www.uvt.rnu.tn/uvt/) qui pourra répondre aux demandes de ces étudiantes qui ne voient pas un intérêt à la communication non verbale en mettant à leurs dispositions des enseignements sur supports numériques ou à distance. Ainsi l’absence de la communication par l’expression d’un enseignement en présentiel est remplacé par la communication par l’écriture dans un enseignement à distance (via l’ordinateur). Cette solution proposée n’est pas une sanction punitive et un moyen d’isolement de ces étudiantes car la méthode a fait ses preuves dans plusieurs situations : éloignement géographique, cas d’étudiants employés,… et est tout à fait adaptée à la demande de ces étudiantes.