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Des dangers menacent l’école de la République

samedi 12 janvier 2013

Rabâa Ben Achour-Abdelkéfi

Sans avoir été consultés, ni informés, les responsables des institutions et des syndicats de l’enseignement ainsi que les enseignants apprennent, par voie de presse, le projet de régénération de l’université de la Zitouna qui, outrepassant ses prérogatives théologiques d’autrefois, se propose de dispenser un enseignement général à des élèves dès l’âge de douze ans et ambitionne de créer différentes filières d’enseignement supérieur en sciences humaines et exactes, en médecine, en génie civil, etc.


Ce projet qui envisage de désagréger l’enseignement public, vise, aux dires de ses initiateurs, à pallier ses insuffisances.

Le samedi 12 mai 2012, le projet annoncé quelques jours auparavant, devient réalité. En présence du représentant personnel du président du conseil des ministres et du président du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi., une convention est signée par Houcine Laâbidi, responsable de l’enseignement zitounien et par les ministres des Affaires religieuses, de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur. Cette convention, déclare M. Houcine Laâbidi « fait office d’engagement de soutien et de solidarité de l’Etat à l’égard de cette honorable institution sans plus. Notre enseignement est indépendant de toute partie. » (La Presse, mardi 15 mai 2012).

Ce n’est pas tant la relance de l’enseignement zitounien que la totale liberté de cette institution et la mainmise des wahhabites et des chefs de l’islam politique qui suscitent l’inquiétude des défenseurs de l’école de la République tunisienne et de certains théologiens prônant un islam sunnite modéré. En effet, nul ne conteste les bienfaits d’un enseignement religieux capable de former des théologiens dignes de ce nom, c’est-à-dire des penseurs soucieux d’inscrire la religion musulmane dans son siècle, dans le respect des libertés fondamentales, des lois du pays, des autres cultures et des autres religions. Un tel enseignement sauverait, peut-être, le pays du diktat des cheikhs autoproclamés et de l’islam politique dont ils sont les défenseurs acharnés.

Malgré les allégations de M. Houcine Laabidi, qui dénie toute allégeance de la nouvelle institution à une personne ou à un parti, la volonté politique de poser les bases d’un islam radical est évidente. La présence de M. Rached Ghannouchi, les louanges dont il a été couvert, la violence exercée par des groupes d’extrémistes sur des journalistes ou de simples citoyens témoignent de la politisation de l’enseignement comme d’une volonté de changer le visage de la Tunisie et de détruire l’héritage bourguibien.

Déjà fonctionnel, le centre d’enseignement zitounien fait fi des lois et des règlements de la République en réactivant tout un appareil juridique en pratique sous le protectorat français. Ainsi, c’est au moyen d’une levée des scellés apposés en 1958 qu’il s’octroie le droit de s’approprier tant la Grande Mosquée que la mosquée de Sidi Youssef et les locaux de l’Institut supérieur des sciences humaines de Tunis.

Indépendant de toute tutelle, libre d’élaborer ses programmes et ses diplômes, cet enseignement, dont les méthodes pédagogiques et les financements demeurent indéfinis, menace l’enseignement de la République. Rappelons qu’en Tunisie, tous les établissements d’enseignement privés, du primaire au supérieur, ont pour obligation de suivre les programmes publics et d’être contrôlés. La nouvelle Zitouna serait donc seule à échapper au droit commun.

Les choix modernistes de la Tunisie ont su mener, dans le respect et dans la droite ligne de l’histoire et des traditions nationales, les Tunisiens à acquérir et approfondir sans préjugés et en toute indépendance des connaissances qui permettent aujourd’hui à l’État comme aux citoyens de faire face aux questions économiques, politiques et morales et de rester debout.

Ainsi, face à cet enseignement qui ne peut que renforcer le courant salafiste et au danger de régression qui guette les institutions scolaires et universitaires et, par conséquent la société tunisienne tout entière, il est nécessaire de constituer un Comité national de veille, d’action et de défense de l’école de la République dont le but serait d’unir toutes les forces démocratiques afin que l’école républicaine, un des principaux acquis de l’indépendance, soit sauvée.